Cela fait un petit moment que je tourne autour du pot avec les histoires de pizza et de maisons de jeu. Alors ça y est, je me lance Armstrong (je ne suis pas noir). Pour finir en beauté ma présence en ces lieux, je vais revenir aux sources. Aux miennes en tout cas. Je me souviens, dans une autre vie, avoir fait un petit test très bête mais dont le résultat ne m’avait guère surpris. En résumé, ça disait ça :

 
James Bond : 83%
Batman / Bruce Wayne : 77%
Hannibal Lecter : 77%
Indiana Jones : 71%
Jim Levenstein (American Pie) : 71%
Tony Montana (Scarface) : 71%
Néo (Matrix) : 70%
Maximus (Gladiator) : 63%
Eric Draven (The Crow) : 62%
Yoda (Star Wars) : 60%
Forrest Gump : 57%
Schrek : 57%

Quel héros de film es-tu ?

Rien d’étonnant, parce que de vous à moi, j'ai un aveu à faire : je suis bondophile. Bien atteint, même, puisque j'ai été encarté dans un club de fans à la glorieuse époque de ma folle jeunesse. Alors autant vous dire que pour votre serviteur chaque nouvel épisode est comme le Beaujolais nouveau : une FÊTE. Malheureusement, la dernière fois, la fête a tourné court.
En nous déféquant Casino Royale, les producteurs séniles ont tenté un – je cite – « retour aux sources du mythe ». Et bien ce mythe-là, ils lui ont filé un sacré coup de naphtaline. Parce que si ça, c'est un James Bond, moi je suis la reine d'Angleterre.

Je ne me suis point ému lorsque la production a décidé de "remercier" Pierce Brosnan. Les 007 poussifs, on a déjà donné avec Roger Moore (voir Dangereusement vôtre pour s'en convaincre). Je n'ai pas non plus milité contre le petit nouveau, Daniel Craig. Son vague air à la Steeve McQueen et sa prestation dans Munich m'ont suggéré de voir d'abord le résultat à l'écran avant de signer la pétition internationale des fans qui ne digèrent définitivement pas ce choix. Après tout, même s'il est difficile d'égaler Sean Connery, j'ai toujours eu un petit faible pour le félin Timothy Dalton, lui aussi décrié en son temps.
Hélas, on en est loin. Car le mythe ne suffit pas. Il faut plus qu'un smoking, une vodka-martini (au shaker, pas à la cuiller) et une Ashton Martin pour faire un Bond (en avant). Il faut aussi ce mélange indéfinissable de classe, de charme et de désinvolture. Or, avec sa mâchoire prognathe et ses biscoteaux gonflés à l'hélium, le 007 nouvelle mouture a autant d'élégance qu'un orang-outan habillé par Smalto. Je veux bien que les producteurs aient souhaité revenir au personnage des romans de Ian Fleming (qui - soit dit en passant – est définitivement brun), mais de là à en faire une brute épaisse avec un muscle et deux cerveaux... Franchement, on a du mal à croire qu'il ait trouvé du boulot au MI6, quand il serait peut-être plus raccord avec l'entrée du Macumba de Lamotte-Beuvron. Là, j'ai regretté grave (comme disent les d'jeun's) que le choix final ne se soit effectivement porté sur Clive Owen, un moment pressenti.

Et que dire du film en lui-même ?

La première partie est sans doute la plus mauvaise vue dans un James Bond, quand l'agent britannique (assez peu dans cet opus, en fait) joue les Yamakasi ; c'est à pleurer. Puis, on a un vague espoir avec la partie qui se déroule au casino. On renoue avec la tradition, et on commence à espérer que le film ne soit qu'à demi râté. Hélas, la dernière partie, en Italie, est d'une nullité consternante. A part quelques plans du magnifique lac de Côme, il n'y a rien à sauver. Et James tombe (olala, attention jeu de mots) dans les profondeurs du ridicule avec une déclaration d'amour aussi crédible que les aventures extra-terrestres de Raël. On se prend à regretter George Lazenby et Diana Rigg (dans le méconnu mais excellentissime Au service secret de Sa Majesté). 

OUI, POUR UNE FOIS, MA BONNE DAME, C’ETAIT MIEUX AVANT! Parce qu’avant, vous ne le saviez peut-être pas, mais il y a déjà eu un Casino Royale. Oui oui oui, tel que je vous le cause. En 1967, c’est-à-dire en pleine gloire Conneryienne. Reprenant le titre du premier roman de la série, John Huston s’offrait le luxe d’une joyeuse parodie avec un David Niven délicieux en meilleur agent secret de sa Très Graisseuse Majesté. Et un casting de rêve, aussi, que je vais me faire un plaisir de vous donner rien que pour vous faire baver : donc, outre David Niven, on retrouve Ursulaaaaaa (Miam, slurp !) Andress, Peter Sellers, Woody Allen, Orson Wells, William Holden, Charles Boyer, Deborrah Kerr (manifestement sous acide), Jean-Paul Belmondo (euh… et bin oui, même lui !)… Ah ah ah ! J’en vois qui ricannent et ne me croient pas ! Bande de petits incrédules… Je l’affirme et je le prouve !

 

 

Alors ? Mmh ? Cékikikaraison ? Oui, je sais, de prime abord, ça paraît bizarre. En plus, y a même des cow-boys, des indiens, des écossais en kilt et des moumoutes volantes, je conçois que cela puisse dérouter le profane. Mais ce pudding-là baigne allègrement dans la sauce humour à l’anglaise, cet humour qui fait qu’on pardonnerait presque à la perfide Albion les tragédies de Crécy, Jeanne d’Arc, Trafalgar, Waterloo et Margaret Thatcher (j’ai dit « presque », hein !). Ce je ne sais quoi de flegme et de second degré qu’incarne à la perfection, justement, l’acteur David Niven. Ce petit truc en plus qui a fait de James Bond un héros d’espionnage complètement à part.

La volonté de revenir aux sources du mythe n'est peut-être pas une mauvaise idée, mais les auteurs du Casino Royale nouvelle mouture se sont privés de tous les ressorts qui faisaient la particularité de James Bond. Certes, il y a toujours les séquences spectaculaires (et vas-y que je m'auto-défibrille dans ma boîte-à-gants - en posant les électrodes n'importe comment, soit dit en passant - ; et vas-y que je me fais flageller les glaouis en rigolant ; etc...), mais l'humour british est porté disparu. Pourquoi se priver de l'impertinente présence de Q (merveilleux John Cleese) ? Qu'est-ce que c'est que ce M qui jure comme un charretier ? Et je passe sur les invraisemblances de ce soit-disant retour aux sources (la rencontre avec Félix Leiter, la féminité du premier M, etc.). Quant au "méchant" de service, il est désespérément sous-exploité. Mads Mikkelsen a pourtant parfaitement la tête de l'emploi, alors pourquoi lui faire jouer les utilités ? Pourquoi ne pas avoir développé le personnage du Chiffre à hauteur d'un Scaramanga (Christopher Lee) ou d'un Zorin (Christopher Walken) ? Pourquoi ne pas avoir écouté la chanson de Bénabar (Le méchant de James Bond) ? On ne croit pas deux secondes à la menace que peut représenter Le Chiffre. Aussi essaie-t-on de trouver quelque réconfort dans le regard furieux de la jolie James Bond girl Eva Green, dont on sait dès le départ qu'elle sera sacrifiée pour permettre à 007 de montrer comment il sait bien serrer les dents et mouiller des yeux.
Toutes ces lacunes finissent par ravaler Casino Royale au niveau du plus mauvais Mission impossible (au choix... le 2 ?) avec le schtroumpf scientologue, Tom Cruise. Un film d'action banal, sans véritable intérêt. Même la musique de David Arnold n'a jamais été aussi poussive et peu inventive.

Le premier film avec Pierce Brosnan, Goldeneye, ressemblait à une ébauche, et c'est surtout dans les trois suivants qu'il a trouvé son rythme de croisière. Mais même cette ébauche-là n'était pas aussi pathétique que Casino Royale, dont je souhaite vivement qu'il reprenne à son compte le titre de l'autre plus mauvais James Bond (encore une pale copie, tiens, d'Opération Tonnerre) jamais tourné (si tant est qu'on puisse parler d'un vrai James Bond) : JAMAIS PLUS JAMAIS !
Casino_Royale
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir.)

 

Et pour finir, soyons fous, un extrait des deux versions (1967 et 2006) :