Finalement, je vais remettre à plus tard mes histoires de casino et de pizza.
En ces temps de fête du cinéma, il y a un poil plus urgent. Il y a surtout un petit film très très bien qui risque de passer très très inaperçu au milieu des très très merdiatiques Le monde de Rhâââ-Narnia et Seuls two (tri, fort).
Le film, c'est Bons baisers de Bruges.

Pour commencer, il ne faut SURTOUT pas se fier au titre français, qui est complètement con. Le titre original, In Bruges, est certes plus concis mais paradoxalement plus juste. Rien à voir avec un film d'espionnage, on n'est pas dans un James Bond du tout. En revanche, la ville de Bruges tient ici un rôle à part entière. Elle n'est guère ménagée, passant de "trou à rats" à "enfer" via "ville de putains de contes de fées", mais ses rues et ses monuments sont filmés avec une grande finesse. J'allais même écrire "tendresse". Pas une carte postale, et pourtant plus qu'un décor. Il faut au moins rendre ça au talent du réalisateur Martin McDonagh.
M'enfin, je ne suis pas non plus en train d'écrire un article du Guide du Routard (que jamais) et j'en reviens donc au film. Autant faire simple : c'est un bon gros polar. L'histoire de deux tueurs à gages irlandais qui doivent se mettre au vert quelques temps et qui s'échouent comme deux baleines remplies de bière et de drogue à Bruges. Si le premier, un homme posé et curieux de tout (Brendan Gleeson), prend les choses avec philosophie, le second, plus jeune, plus nerveux et passablement tourmenté (Colin Farrell) vit cet exil comme une punition. Jusqu'à ce qu'un coup de fil vienne transformer leur séjour en cauchemar.

Ce qui frappe, dans Bons baisers de Bruges, c'est le va-et-vient régulier entre l'humour et la violence. Pour un film rempli d'Irlandais, c'est la douche écossaise permanente. Un comble ! Avec en filigrane une atmosphère toute shakespearienne. Le lenteur même du film crée une tension constante, que seuls les dialogues millimétrés viennent parfois rompre. Du sacré bon boulot.
Mais c'est à l'interprétation que revient également le mérite. Je ne suis pas - et c'est peu de le dire - un grand fan de Colin Farrell, mais là je dois dire qu'il est étonnant, et même en état de grâce par moments. Je ne m'étendrai pas non plus sur le talent inégalable de Ralph Fiennes, tout a déjà été écrit là-dessus et il est une nouvelle fois remarquable. Il relance la deuxième partie du film avec une élégance glaciale et des éclairs de folie dans les yeux qui vous font dresser les poils sur les bras, ou ailleurs, selon votre sensibilité.
Mais le vrai bonheur du film, c'est de voir enfin un rôle de premier plan à la mesure de son talent pour Brendan Gleeson. Il ne vous dit rien, ce nom, n'est-ce pas ? Et pourtant, si je vous dis : Braveheart, Michael Collins, Gangs of New-York, Harry Potter, Retour à Cold Mountain, Le Village, Troie, Kingdom of  Heaven... Eh oui, rien que ça. Avec ou sans barbe, cheveux longs ou courts, le débonnaire Brendan Gleeson (mais pas si débonnaire que ça dans certaines interprétations...) est le spécialiste des seconds rôles dans les grosses productions. Du coup, on se dit toujours "Ah oui, lui, je le connais !", mais on ne se souvient jamais de son nom ni où on l'a vu. Après Bons baisers de Bruges, cette grave lacune sera réparée. Il est tout bonnement exceptionnel. Mériterait l'Oscar du meilleur second rôle moi j'dis ! Bon, je ne vais pas non plus en faire des caisses, j'adore cet acteur, et depuis longtemps, mais cette fois, il en impose bigrement à l'écran.

Deux derniers conseils, avant de vous laisser savourer la bande-annonce. D'abord, si vous n'êtes pas totalement allergique à la version originale, préférez-la à la version française, ne serait-ce que pour vous délecter de l'accent irlandais des deux acteurs principaux.
Ensuite, prévoyez un peu de temps après le film pour aller vous installer en terrasse, à la seule fin de siroter une bonne bière bien fraîche. Non, je n'incite personne à la débauche et à la consommation d'alcool, c'est juste un conseil. Parce que voir des gens descendre pinte sur pinte pendant 1h41, vous me croirez si vous voulez, mais ça donne soif.

Allez, à la vôtre !


Bons Baisers de Bruges (VOST)

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