vendredi 18 mai 2007
Docteur Qui ?
Dans notre grande série « Je partage mes coups de cœur télévisuels », je souhaiterais vous présenter mon Docteur. En fait, ce n’est pas vraiment un docteur ; ce serait même plutôt un extra-terrestre. (La personne qui vient de hurler « Alf ! » est invitée à sortir…) Qu’il me suffise d’ajouter que ledit extra-terrestre est britannique (ta lope) pour que vous arrondissiez tous la bouche en laissant échapper un « Ooooooh !» d’étonnement émerveillé. Les plus blindés d’entre-vous m’objecteront sûrement que « britannique » et « extra-terrestre », c’est un pléonasme, mais l’heure n’est pas à ce genre de considérations surfaites.
S’il faut reconnaître quelque chose aux Rosb Anglais, c’est qu’en matière de télévision, le pire côtoie souvent le meilleur sans aucune forme de gêne. Ainsi peuvent-ils sans complexe péter joyeusement une durite (Benny Hill, Mister Bean, voyez un peu la gueule de la durite…) et compenser avec de l’excellent (Monty Pythons Flying Circus, le Muppet Show…). Le yin et le yang cathodique en quelque sorte !
Nombre de chefs-d’œuvre du petit écran viennent d’ailleurs d’outre-Manche. Leurs noms sont évocateurs : Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre, Le saint, Les aventures de Sherlock Holmes, Le prisonnier, Thunderbirds (brillamment traduit par Les sentinelles de l’air…), la liste est longue. Et le public gaulois a souvent été conquis à son tour.
Pourtant, il en est une qui eût le plus grand mal à se faire connaître. Encore aujourd’hui, c’est une énigme pour la plupart des téléspectateurs français alors que c’est une véritable institution chez nos voisins. Avec en outre une longévité supérieure à celle de Commissaire Moulin chez nous (qui, je vous le rappelle, a commencé avec un Guy Montagné chevelu comme adjoint, c’est dire que ça ne date pas d’hier).
Bon, allez, je la crache ma Valda : la série s’appelle Docteur Who, est née en 1963 et vit encore, plus bondissante que jamais. Plus de 700 épisodes répartis sur une trentaine de saisons, et pas une ride ! Je vous rassure, l’acteur de départ (William Hartnell) a depuis belle lurette passé la main (et l’arme à gauche). C’était déjà à l’époque un vieillard chenu, capable de faire passer Derrick et Navarro pour de sémillants jeunots.
Du reste, tout le génie scénaristique de Docteur Who réside dans la possibilité infinie de renouveler le personnage, de le modifier, de lui donner à chaque incarnation un caractère et un look différents. L’astuce est d’une simplicité renversante : comme je vous le disais précédemment, le Docteur est un extra-terrestre. Et à ce titre il possède un pouvoir assez pratique : chaque fois qu’il est blessé, il se régénère sous une nouvelle apparence physique. Envolé le sempiternel problème de l’acteur principal qui veut s’émanciper. Il peut partir tranquille, voire être sereinement viré (comme le sixième docteur, Colin Baker), un petit tour de passe-passe et hop ! on peut continuer comme si de rien n’était. Trop fastoche. Et cela ne nuit en rien à la qualité ni à l’intérêt de la série, au contraire.
Autre particularité du Docteur, c’est qu’il n’a pas de nom. On sait finalement peut de choses sur lui. Il s’appelle le Docteur. Il vient de la planète Gallifrey et appartient à la race des Seigneurs du Temps, race qui ne survivra pas à une désastreuse Guerre du Temps. Il est donc devenu un voyageur égaré, errant de monde en monde et d’époque en époque à bord de son magnifique vaisseau spatial : une cabine téléphonique de la police anglaise (une vilaine boîte bleue surmontée d’un gyrophare et qui n’existe plus en Angleterre depuis pas mal d’années) ! De l’Enterprise au San Ku Kaï, on a vu plus smart et plus impressionnant comme vaisseau spatial… Heureusement que le vaisseau, baptisé TARDIS (pour Time And Relative Dimensions In Space) est « plus grand à l’intérieur » qu’il n’y paraît de l’extérieur.
C’est ce qui fait la « patte » de Docteur Who : plus c’est décalé et plus c’est kitch, mieux c’est. Ce n’était pourtant pas tout à fait l’idée de départ. A l’origine, La BBC voyait Docteur Who comme une série éducative pour la jeunesse, permettant de remonter le temps à la rencontre des grands personnages de l’Histoire. Mais très vite, ça dégénère. Surtout lorsque le scénariste Terry Nation invente les Daleks, robots ridicules en forme de poivrière possédant un vocabulaire excessivement limité (« Ex-ter-mi-ner ! ») et une mobilité incroyablement réduite. Etonnamment, les Daleks vont devenir la coqueluche des fans du Docteur, et par la même occasion ses pires ennemis. A ces poubelles sur roulettes s’ajouteront d’autres ennemis croquignols : les Cybermen, les Yétis, le Maître… Mais, malgré le budget dérisoire et le côté excentrique de la série, tout ce petit monde se tient et forme un univers cohérent. A tel point que le spectateur qui n’a pas suivi les aventures du Docteur depuis le début peut éprouver quelques difficultés à prendre le train, pardon, le vaisseau en marche. Mais, une fois atteint par le virus Docteur Who, impossible de s’arrêter. D’autant que les scénaristes ont toujours su ménager des fins de saison au suspense insoutenable, avec, parfois, la « mort » du Docteur et son retour sous une nouvelle apparence.
Sept docteurs se sont donc succédés de 1963 à 1989, s’amusant à arrêter des invasions extra-terrestres, à combattre des savants fous, à sauver des civilisations. Avec des invités habitués du petit écran : Julian Glover, John Cleese, Honor Blackman, Gareth Hunt… Il y aura également deux films, avec l’indispensable Peter Cushing dans le rôle du Docteur, à nouveau en lutte contre les Daleks. Et puis, en décembre 1989, plus rien (à part un sursaut en forme de téléfilm en 1996). On a dit plus tard que Spielberg travaillait sur une adaptation. Est-ce par peur de voir le Docteur, patrimoine national de chez Sa Très Gracieuse Majesté, partir chez les Etats-Uniens ? Quoi qu’il en soit, la BBC s’est décidée à reprendre la série en 2005. Le neuvième docteur s’appelle Christopher Eccleston, ressemble à Dumbo l’éléphant et se retrouve embarrassé d’une blondasse chevaline (la « star de la pop » Billie Piper), mais l’esprit reste le même… et le maigre budget aussi. La programmation en France n’a pas changé non plus : Doctor Who (tiens, la série a retrouvé son titre original !) a été diffusé n’importe comment sur… France 4 ! Si on voulait saboter un programme, on ne s’y prendrait pas autrement.
Bouffie contre les vampires est passée par là. Le côté décalé de Doctor Who n’a plus le même effet. Pour autant, cette série abracadabrantesque demeure fascinante. Au bout du deuxième ou troisième épisode, vous êtes sous le charme, vous décidez d’en faire votre médecin traitant et vous vous administrez une dose à chaque baisse de moral. Le Docteur est le meilleur des remèdes contre la morosité et le conformisme du quotidien. Vous m’en prendrez un,de manière prophylactique, le soir avant de vous coucher, et on se revoit dans trois saisons.
Cela vous fera vingt euros. Vous avez votre carte Vitale ?
Pour en savoir beaucoup plus, avec des images, des résumés et tout et tout, vous pouvez vous téléporter sur ces deux sites en français, très complets :
http://doctorwho.hypnoweb.net/
et bien sûr le site officiel de la BBC :
http://www.bbc.co.uk/doctorwho/
En cadeau, un petit clip reprenant les différents génériques de la série :
Et la bande-annonce de l’actuelle saison 3, avec David Tennant (Harry Potter et la coupe de feu) dans le rôle du Docteur :
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